On me demande souvent pourquoi, en plus de diriger mes entreprises (MagicWeb et MagicThings), je continue de passer des journées entières en salle de cours chez Pigier ou à l’IUT. Financièrement, le calcul est simple : une heure de conseil en agence vaut deux à trois fois une heure en centre de formation.
Alors pourquoi ?
Parce qu’être formateur aujourd’hui, c’est bien plus que de valider des cases Qualiopi ou de réciter des slides. C’est un acte de résistance pédagogique.
Le constat d’une génération qui n’ose plus rêver
Nous traversons une crise profonde qui s’installe dans la durée. Face à moi, je vois une Génération Z qui a soif de justice et de réussite, mais qui se heurte à un plafond de verre psychologique. Ils ne croient plus en leur capacité à réaliser leurs rêves. Pire, ils entrent sur le marché du travail par la petite porte de l’alternance, souvent peu valorisés, avec la peur au ventre du « grand vide » d’après-diplôme. Mon rôle n’est pas de les bercer d’illusions. Mon rôle, c’est de leur donner l’énergie et la force de combat pour un monde qu’ils ont à peine commencé à affronter.
Ma méthode : La gestion de la frustration et l’auto-apprentissage
L’Éducation Nationale forme des esprits à respecter des grilles et des process. Elle enseigne l’obligation de moyens. Mais la « vraie vie », celle du secteur privé, ne connaît qu’une seule règle : l’obligation de résultat.
C’est un choc thermique violent. Pour les y préparer, ma pédagogie est intentionnellement dure :
- L’auto-apprentissage permanent : Ce qui est en vogue aujourd’hui sera obsolète demain. Je leur apprends à apprendre.
- La remise en question des préjugés : Je les pousse à sortir du « on dit » pour aller chercher la donnée brute.
- L’exigence absolue : En Master, on forme des managers d’humains. Je préfère voir un étudiant renoncer plutôt que de brader un diplôme qui doit retrouver sa valeur réelle.
Je suis ferme parce que je suis empathique. Je les prépare à la brutalité du marché pour qu’ils ne soient pas les laissés pour compte de demain face à la montée de l’IA et de la robotisation.
Réconcilier l’entreprise et la jeunesse
Le clivage est total : les entreprises ont peur des jeunes, et les jeunes ont peur des entreprises. On entend que les filières marketing sont bouchées ? C’est faux. En période de crise, une entreprise qui coupe ses budgets stratégie et visibilité se condamne. Le besoin est là, mais le dialogue est rompu.
Je ne suis pas là pour défendre l’acceptation de n’importe quoi. Je suis là pour défendre le combat. Je veux aider les entreprises à comprendre que cette jeunesse est leur moteur de croissance, et aider les jeunes à accepter que le monde du travail est amoral, mais qu’ils peuvent y imposer leur valeur s’ils sont armés techniquement et mentalement.
La finalité : Offrir une vision de la liberté
Le plus beau dans ce métier, c’est le détachement. Voir un étudiant de 2018 aujourd’hui pleinement lancé, même s’il m’a oublié, est ma plus grande satisfaction. J’ai été un grain de sable ou un accélérateur dans son parcours, peu importe.
En 2026, être formateur, c’est être un homme libre qui offre à d’autres une vision possible de la réussite. Au-delà des titres et des enjeux économiques des CFA, notre mission est de leur montrer qu’ils peuvent briser leurs chaînes et se libérer par la compétence et l’effort.
La transmission est un réconfort face à la solitude de l’entrepreneur, mais c’est surtout une responsabilité envers ceux qui feront demain. Ensuite à eux d’en faire quelque chose. « Stay hungry, stay foolish » – Steve Jobs.
